Commune de La Rochebeaucourt et Argentine

Commune de La Rochebeaucourt et Argentine

Une porte d'entrée sur la Dordogne

 
 
 
 

Château de Fieux-Argentine

Le voyageur qui parcourt la route de Paris à la Rochelle, rencontre à la limite des deux départements de la Charente et de la Dordogne un château moderne, bâti sur les ruines d’un ancien château fort.

Légende du Grand-Père

Quis talia paudo temperet à lacrymis, et jan nap humida calo pracipitat.
(Cote du manuscrit J148)

Ce château, à l’époque où je prie le lecteur de se reporter était formé de deux parties distinctes qui commandaient chaque côté de la route et que reliait entre elles un pont-levis à gauche, en venant d’Angoulême, on apercevait le château. Celui-ci flanqué seulement de deux grosses tours à chacune de ses extrémités présentait sur le développement d’une immense façade trois rangs superposés de fenêtres ; et plus d’une fois, au déclin du jour, le voyageur avait cru s’avancer aux clartés d’un vaste incendie lorsqu’il voyait de loin le reflet des mille bougies qui, au jour de fête faisaient étinceler les salles et les appartements. Cette habitation était meublée avec un luxe vraiment royal et l’on admirait surtout les riches tentures en Damas qui décoraient la salle d’armes.

C’était en cette salle vaste et immense que le très haut et très puissant Seigneur du lieu aimait à réunir et à fêter ses nombreux vassaux.

Au contraire l’autre côté du château n’offrait que l’aspect sombre triste et sévère de quatre tours qui formaient les angles d’une forteresse haute et menaçante.

Toute la beauté de ces tours consistait en murailles épaisses de plusieurs toises, en créneaux disposés horizontalement comme un lourd diadème et en nombreux mâchicoulis percés à des distances inégales. Deux cents hommes formaient la garnison de ce fort ; et selon que le vent, dit un chroniqueur de ce temps tournait à la guerre ou à la paix cette garnison devenait le salut ou l’effroi de tout le pays.

Placé jusqu’au centre d’une ligne circulaire de rochers qui semblaient ne le dominer que pour ajouter les défenses de la nature à celles de l’art, le château avait pris de sa position le nom de Rochebeaucourt.
Depuis deux siècles, environ, ce château avec tous ses droits féodaux était passé par alliance dans la noble famille des Galard, comtes de Brassac qui avaient alors ajouté à leurs titres celui de baron de La Rochebeaucourt. C’était leur demeure de choix et de prédilection et dès que les emplois militaires ou les charges à la cour leur permettait quelques loisirs, ils se hâtaient de revoir leur belle enceinte de rochers.

CHAPITRE II

Le 12 Novembre 1348, René de Galard était décédé plein de jours et de vertus et son fils unique François avait hérité de tous ses titres et de tous ses domaines. Il venait d’atteindre sa 35ème année et le portrait en pied que l’on en conserve au château nous le représente comme ayant la taille haute, la poitrine développée et le geste impérieux ; le front couvert et chagrin, les yeux vifs et ardents et les sourcils noirs et arqués ; les lèvres fortement pincées, l’ovale de la figure allongé et l’ensemble des traits dur et sévère : son caractère disent les mémoires du temps était aussi inflexible que l’accès de son armure. Durant la vie de son père, François de Galard avait refusé plusieurs nobles alliances et le bon vieillard n’avait pas eu la consolation de bénir en mourant de nombreux petits-enfants. Mais deux ans après la mort de ce vertueux père, François demanda et obtint la main de Marie Anne de Condom de l’illustre famille qui possédait en souveraineté tout le pays appelé le Condomois et qui a donné son nom à cette ville dont René de Galard fut le premier évêque et dont Bossué devait aussi un jour porter le titre.

Marie de Condom ne quitta point sans regrets le toit paternel mais les transports de joie qui accueillirent son arrivée l’eurent bientôt accoutumée à sa nouvelle patrie. Il est vrai de dire que de son côté elle gagna promptement tous les coeurs, par ses manières douces et affables.

Bonne envers tous, elle l’était surtout pour les malheureux et jamais le pauvre n’implora en vain son inépuisable bienfaisance.

CHAPITRE III

Depuis quinze mois Marie de Condom était unie au noble baron lorsqu’elle donna le jour à une fille qui fut tenue sur les fonts baptismaux par le vieux duc de Condom et par la duchesse de Mirepoix, tante de François de Galard. Cette enfant reçut les noms de :

Marie Jeanne Yolande de Galard Demoiselle d’Argentine.

Sans doute la naissance d’une héritière de son nom aurait réjoui plus vivement le coeur du haut et puissant seigneur ; Il n’en accueillit pas moins avec une sincère allégresse l’enfant que le ciel lui donnait et il voulut à cette occasion faire remise de tous les aréages dû sur les fermes et redevances, ainsi que toutes les amendes et peines encourues pour délit de chasse ou de
braconnage. Quant à la pieuse mère, elle envoya des présents aux sanctuaires de Roc Amadour en Quercy et de N.D des Vertus en Périgord. Elle fit aussi acquitter par son chapelain plusieurs neuvaines de messes et surtout n’oublia pas les pauvres : par ses ordres, d’abondantes aumônes furent distribuées.

Cependant le bonheur de la maternité ne se renouvelait point pour Marie de Condom ; si elle se consolait par les soins qu’elle donnait à l’éducation de sa fille, le baron ne dissimulait point son dépit de voir s’éteindre en lui sa noble race des Galard, c’est pourquoi comme Aurore d’Argentine allait atteindre sa quinzième année, il sollicita et obtint un diplôme royal par lequel le comté de Brassac et la baronnie de La Rochebeaucourt, deviendraient l’apanage de sa fille ; elle devait les porter avec son nom à l’heureux époux que son père lui choisirait.

Dès que cette nouvelle fut répandue, elle mit en émoi tous les gentilshommes de l’Angoumois, du Périgord et de la Guienne et chaque jour on en voyait arriver plusieurs au château, tous remarquables par leur bonne mine, leur gaie science et leur désir de plaire à l’aimable Aurore d’Argentine.

Quelques uns portaient un nom illustre et d’autres vantaient leurs hauts faits d’armes.

Ceux-ci comptaient sous leur bannière de nombreux vassaux et ceux-là énuméraient les riches produits de leurs domaines.

Parmi ces derniers, on distinguait Henri de Saluces, dont le père possédait les meilleurs vignobles du Bordelais et Arthur de Monbazillac, heureux propriétaire des fertiles coteaux de ce nom.

L’un et l’autre s’étaient fait suivre de six grandes caisses remplies du meilleur cru et si cette ruse innocente ne leur avait pas tout d’abord gagné les bonnes grâces du Seigneur de Galard, du moins ils avaient pleinement réussi auprès du sommelier.

CHAPITRE IV

Tandis que les plaisirs de la chasse, de la pêche et des tournois occupaient les loisirs des nombreux et bruyants visiteurs, un bruit se répandit soudain et vint arrêter dans leur essor bien des voeux et des espérances.

On apprit que la baronne avait senti pour la seconde fois les joies de la maternité. D’abord la nouvelle n’avait rencontré qu’un sourire d’incrédulité en ceux qui étaient intéressés à la trouver fausse. Mais dès qu’elle fut devenue certaine, on les vit s’éclipser et disparaître. Et bientôt il ne resta plus que quelques parents et véritables amis.

C’était alors le temps de la moisson et selon l’usage chaque soir amenait à la cour du château des bandes joyeuses de
moissonneurs. Ces bandes se formaient en choeurs et exécutaient au son de la musette les danses du pays.

La baronne ne manquait point de se montrer sur la terrasse et faisait distribuer quelques cruches de ce petit vin innocent que produisent les coteaux de la Doradie.

Enfin le jour désiré parut et la baronne donna naissance à un fils qui fut baptisé sous les noms de Pierre Alexandre René.

C’étaient ceux de ses aïeux ; la baronne le recommanda à Dieu et à Notre Dame.

CHAPITRE V

La joie de son heureuse délivrance jointe aux ressources de l’art rétablirent peu à peu la santé délicate de Marie de Condom et elle put profiter de quelques beaux jours pour quitter ses appartements.

Elle aimait à venir chercher un rayon de soleil sur les glacis de la citadelle, du haut de ces glacis, l’oeil plongeait au loin sur la vallée du Ménieux, vallée qu’arrose en se repliant sur elle même la petite rivière de la Nizonne et qu’enferme comme un cadre harmonieux un rideau de bois et de rochers.

A droite perçait au-dessus des pins et des chênes séculaires le donjon du Ménieux, antique demeure d’une antique famille. Du côté opposé se montrait l’église d’Argentine avec son clocher pyramidal ; au-dessous de l’église, on voyait une longue suite de grottes ou cavités. Ces grottes, dont les unes ont été creusées entièrement et d’autres seulement agrandies par la main des hommes, offrent des traces certaines d’habitation.

On lit sur les parois intérieures de quelques unes des mots celtiques à demi effacés.

Après 300 mètres, cette chaîne de rochers et de cavernes tourne brusquement à l’ouest et forme parcellement avec une autre chaîne de rochers et de grottes la vallée dite Vallée de Fieux ; cette vallée étroite, resserrée et qui n’est qu’une véritable gorge entre deux collines assez élevées semble être le résultat d’une commotion volcanique. Elle doit son nom au village bâti sur les rochers qui la dominent.

Ce village de Fieux formait le fief du baron de Feuillade. Un castel assez modeste était son habitation. Ce castel, subsiste encore aujourd’hui, avait été bâti à l’angle d’une plaine qui s’étend et s’élargit pour former la crête de la montagne.

Une tour au toit pointu et portant girouette s’élevait en face du Ménieux ; à droite et à gauche un vaste corps de bâtiment et à l’extrémité un donjon crénelé.

Un chemin taillé dans le roc vif et qui serpentait en longs détours conduisait au castel. Le pied sûr des mulets osait seul gravir sans crainte cette route escarpée et glissante.

Pierre de Feuillade, seigneur de Fieux était issu de la noble et très ancienne famille des D’Aubusson ; il en portait les armes et entretenait avec elle des relations de parenté.

Il avait aussi servi avec distinction mais de nombreuses blessures l’avaient contraint de quitter les camps et pauvre et simple Baronnet, il vivait tranquille et oublié sans influence et sans crédit.

François de Galard affectait trop de fierté et de hauteur pour rechercher le premier son amitié et Pierre de Feuillade, lui même avait trop d’orgueil pour aller au-devant du baron par des marques d’honneur qu’il eût considéré comme des rapports de vasselage.

Ainsi les deux voisins se voyaient peu et seulement en des circonstances solennelles.

Mais il n’en était pas de même de leurs épouses.

Jeanne de ValBrune qui avait épousé le baronnet de Feuillade avait reçu de la nature tous les dons propres à l’amitié. De son côté, Marie de Condom bonne et tendre ne demandait qu’à être aimée.

Cette double relation de sentiments et de pensées rapprochait les deux châtelaines et elles se visitaient souvent.

Mais la mort qui brise toutes les unions de la terre vint enlever l’amie à son amie…

Deux mois après la naissance du jeune René de Galard, Jeanne de ValBrune succomba aux fatigues et aux veilles que lui avaient imposées auprès de sa mère le dévouement et l’amitié.

Marie de Condom sentit vivement une perte aussi cruelle et elle la pleura avec toute la sincérité d’une véritable amitié.

Le baron de Galard lui-même n’oublia point les devoirs que commandaient les convenances.

Il assista aux obsèques religieuses, rendit au Baronnet une visite de condoléances, lui serra la main et promit de faire placer Jérôme, son second fils, à la cour d’Hélie de Talleyrand, comte de Périgord.

Quant à l’aîné, Arthur, il venait d’atteindre sa 20ème année et il se faisait distinguer entre tous les gentilshommes voisins par sa taille haute et bien prise, son port noble et ouvert, sa démarche facile, son abord gracieux et prévenant, et une habileté rare en les exercices qui étaient l’occupation de la jeune noblesse.

Mais le maniement des armes et les plaisirs de la chasse n’absorbaient pas tellement ses journées, qu’il n’en consacrât quelques heures à l’étude de la gaie science. Son maître en les règles et l’art difficile de cette science avait été Armand de Mareuil célèbre troubadour, et si dans un tournoi nul ne savait mieux agiter la lance, dans un salon et dans une fête nul ne rimait mieux un sirvente.

On devine qu’Aurore d’Argentine était souvent le sujet que chantait sa muse et du moins la chronique historique et fidèle de ce récit, avoue qu’ils se plaisaient l’un à l’autre.

Ce rapprochement mutuel n’avait point échappé à l’oeil maternel de la baronne de Galard, mais renfermant en son coeur un secret et des espérances, qu’elle craignait peut-être de s’avouer à elle même, elle comptait sur les chances de l’avenir pour tout arranger ou tout détruire, lorsqu’une circonstance fortuite vint resserrer ces noeuds à peine formés.

Aux approches du printemps, Marie de Condom voulut profiter d’un beau soleil de mars pour rendre au baron de Feuillade une visite, triste sans doute, mais qui était le paiement d’une dette sacrée.

Elle se fit porter dans sa litière jusqu’au haut de la colline et fut reçue à l’entrée de la cour du château de Fieux par le vieux baronnet et son fils aîné.

Aurore d’Argentine avait obtenu la faveur d’accompagner sa mère, elle était entrée dans sa quinzième année et était d’après son portrait resplendissant de grâce et de beauté.

Après un entretien où s’échangèrent de douloureux souvenirs et de tristes consolations la baronne voulut se retirer mais tandis que l’on faisait approcher sa litière, elle s’arrêta quelques instants sur la terrasse ou plate forme qui aujourd’hui encore sépare le castel de Fieux du village bâti sous sa dépendance.

L’élévation de cette plate forme est de 20 à 30 mètres au-dessus du niveau de la Nizonne et sa position en fait comme le centre d’un ravissant panorama.

A droite, aussi loin que l’oeil peut se porter, vous apercevez les flèches du château de La Rochebeaucourt les hautes futaies de la Garenne, les coteaux de la Doradie et les prairies de Combiers.

Plus rapprochés, se groupent ensuite les maisons du bourg, les villages de Bonneuil et d’Argentine et les sinuosités d’une grande route qui se déroule comme une zone blanche sur le turf grisâtre de steppes immenses. Au-devant se présentent les contours de la Nizonne, les prés et les bois qui encadrent l’horizon d’une luxuriante feuillée, enfin à gauche on découvre des champs cultivés et des vignes fécondes. Tel était le tableau qui se déroulait sous les yeux de la baronne et attachait ses regards et ses souvenirs. La Jeune et folâtre Aurore d’Argentine était toute attentive à suivre un beau papillon. En vain, la voix de sa mère la rappelle ; elle s’est précipitée à la chasse du beau papillon qui reposait au bord du rocher sur une fleur de pervenche… Fleur prémices du printemps et toute humide de fraîcheur.A cette vue, l’imprudente Aurore ne peut retenir son ardeur. Elle s’approche doucement, étend le bras, touche déjà la proie si enviée, lorsque soudain son pied glissant sur la mousse, le poids du corps en avant, l’entraîne au fond du ravin…

La baronne pousse un cri ; à ce cri les gens de la baronne et du castel se réunissent mais, tandis qu’on s’empresse, qu’on
s’interroge, qu’on hésite et qu’on cherche des échelles, on voit apparaître au bord escarpé, Arthur de Feuillade et Aurore
d’Argentine prompt comme l’éclair, il s’était élancé d’un bond jusqu’au fond du ravin.

« Ma mère, je ne suis point blessée. O ma mère, voici mon sauveur. » Le vieux baronnet fier du dévouement de son fils lui
disait : « Beau fils, tu as bien fait : Après son Dieu et son pays tout noble chevalier se doit à sa Dame »

La blessure d’Aurore était une foulure qui ne présentait aucun caractère de gravité ; tel fut l’avis de maître Jean Delabarre, barbier et soigneur du bourg ; il avait été appelé en attendant l’arrivée du Docteur Emmanuel Doucet, renommé par sa science. Il habitait le bourg de Charras. Le baron de Galard exprima plus d’une fois à l’intrépide Arthur sa vive reconnaissance et lui offrit en souvenir un ouvrage précieux de l’industrie florentine. C’était une boîte en agathe, sur le couvercle de laquelle l’art de la mosaïque avait représenté la délivrance d’Andromède. On voyait le monstre marin qui s’avançait ouvrant une gueule sanglante lors qu’apparaissait Persée qui délivrait la princesse et la recevait ensuite pour épouse des mains de Céphise.

Dans un voyage qu’il avait fait à Florence, l’aïeul de François avait reçu cette boîte du chef de la famille des Médicis ; elle était un de ses présents d’hospitalité dont la muse d’Homère a conservé la tradition.

Quatre mois environ après l’accident d’Aurore, sa pieuse mère Marie de Condom ressentit les premières atteintes de la maladie qui la conduisit rapidement au tombeau. Elle y descendit calme et résignée laissant deux enfants orphelins et un époux inconsolable !

La cérémonie des obsèques religieuses s’accomplit d’abord à la chapelle du château puis le corps fut présenté à l’église St
Théodore de La Rochebeaucourt et déposé dans le caveau situé sous le sanctuaire.

Au trentième jour après le décès, un service solennel fut célébré par les soins du chapitre qui voulut y déployer toute la pompe dont l’église rehausse les funérailles.

Au dehors le portail du temple sacré disparut sous d’immenses draperies de deuil et à l’intérieur une large bande noire tracée dans toute la longueur de nef se dessinait sur le blanc des parois des murailles comme une écharpe de tristesse et de deuil.

Sous la direction de François Desbordes Architecte, on avait dressé près du sanctuaire un cénotaphe que recouvrait un velours noir lamé d’argent qu’entouraient 40 torches dont la cire mélangée d’aromates exhalait en se consumant une suave odeur.

Au-dessus du catafalque se balançaient quinze lampes d’argent, de distance en distance les armoiries de Galard et des Condom indiquaient à tous les regards le deuil de ces nobles familles.

Dès les premiers rayons du jour, le tintement plaintif des cloches s’était fait entendre et appelait les fidèles en l’enceinte sacrée.

Quand ils y furent tous réunis, un nombreux clergé vint se placer dans le sanctuaire et au signal donné, la procession s’ébranla pour aller selon l’usage en les grandes solennités chercher le baron François de Galard. En tête marchaient voilées d’un crêpe la croix du chapitre et les bannières des paroisses qui relevaient de la juridiction du château. La bannière rouge de St Théodore patron de La Rochebeaucourt et celle de St Martin D’argentine à la couleur verte et liserée d’argent, la bannière blanche de Notre Dame d’Edon et celle de St Fiacre de Combiers richement brodée d’or sur un velours violet.

Le peuple s’avançait ensuite sur deux longues files morose et silencieux puis suivaient les corporations et députations du
voisinage. Les enfants de St Benoit étaient venus au nombre de douze des maisons de Brantôme, Mareuil et Cercles et les
disciples de St Bruno avaient quitté pour ce pieux office leurs grottes de St Pardoux ; près de Mareuil, le couvent de St Gilles au diocèse d’Angoulême avait député le prieur et le sacriste et celui de la Couronne six pères Deux Chevaliers du temple qui achevaient près des ruines du Rosée une obscure et pénible existence attestaient par leur présence qu’ici bas tout s’évanouit, la gloire et même le souvenir des plus importants services. Quant au monastère des Bénédictins de Condom il n’avait point oublié le devoir de la reconnaissance et de la prière et il était représenté par deux religieux qui sous une humble bure cachaient un nom illustre.

Enfin la marche sainte était fermée par le clergé séculier et les chanoines de La Rochebeaucourt tous revêtus de chappes noires et dont le prévôt portait la mitre et la crosse. Lorsque la procession arriva à l’entrée de la cour la grille d’honneur s’ouvrit et on s’avança entre la double haie que formait la garnison jusqu’au bas du grand escalier.

Là se tenait douloureusement incliné sur sa large épée François de Galard et près de lui Aurore D’Argentine.

Le jeune René entre les bras de sa nourrice souriait aux larmes de son père et de sa soeur.

Autour de cette famille éplorée on remarquait le vieux Duc de Condom, affaissé sous le poids de l’affection et des années, puis le duc et la Duchesse de Mirepoix, les Galard de Terraube et les Vicomtes de Gavarit et de Moncade, tous parents et alliés.

Derrière eux se pressaient le Baronnet de Feuillade, son fils Arthur et tous les gentilshommes du voisinage, enfin les vassaux et tenanciers.

Après que le prévôt du Chapitre eut salué le baron en inclinant vers lui sa crosse, la procession reprend sa marche au chant grave du Miserere.

A l’entrée de l’église, l’eau bénite et l’encens furent présentés au baron et dès qu’il eut pris place au côté droit du catafalque l’office divin commença. Il s’acheva au milieu des pleurs et de la douleur de tous et lorsque les prières saintes eurent cessé, les trompettes sonnèrent et les clairons d’armes crièrent par trois fois :

Paix à Marie de Condom Comtesse de Galard de Brassac et Baronne de La Rochebeaucourt. La sensible Aurore, dont cette cérémonie avait ouvert toutes les blessures, faillit s’évanouir ; elle chancela et serait tombée si Arthur placé près d’elle ne l’eut soutenue. Quand on sortit de l’église sur un signe du baron il lui offrit le bras et la conduisit jusqu’au Château … Longtemps le deuil et le silence du château ne furent troublés que par les nombreux visiteurs qui venaient offrir leurs hommages de condoléances.

Vers les premiers jours de Décembre il reprit quelque vie et quelque mouvement. C’est que tout s’y préparait pour recevoir dignement un grand personnage : le légat du pape Urbain V. Ce légat se nommait Pierre Thomas ; il était né en Périgord au bourg de Salles près de la ville de Belvès.

Entré jeune dans les ordres des Carmes, il s’était rapidement élevé par son mérite et la protection du cardinal de Talleyrand aux premiers emplois de sa communauté et même aux dignités de l’église ; honoré de la faveur des papes Clément VI et Innocent VI il venait d’être créé par Urbain V patriarche latin de Constantinople et légat de la croisade que réunissait Pierre de Lusignan roi de Chypre.

Après avoir reçu du pape ses dernières instructions, le légat était parti d’Avignon et avait pris sa route par le Languedoc, la Guienne et le Périgord. Il devait la continuer par l’Angoumois, le Poitou et la Touraine et ensuite se rendre à Marseille afin de s’y embarquer et de rejoindre à l’ile de Rhodes l’expédition Sainte.

Pierre Thomas prêchait la croisade et recueillait pour cette oeuvre des soldats et des aumônes.

L’Evêque de Périgueux, Pierre Tisson lui avait fait une pompeuse réception et François de Galard lui avait député dans cette ville Guilhaume vicomte de Madaillac pour l’inviter à s’arrêter au château de La Rochebeaucourt. Le légat en acceptant cette aimable invitation fit savoir qu’il arriverait le mardi 11 novembre et que le lendemain il célébrerait la messe à l’église de St Théodore de La Rochebeaucourt.

Le baron qui aimait en toutes choses la magnificence se surpassa en cette circonstance. Il alla lui même au devant du légat avec une nombreuse escorte de jeunes chevaliers parmi lesquels Arthur de la Feuillade brillait de tout l’éclat de sa jeunesse et de la bonne mine. Aussi le légat ne manqua t-il pas de le distinguer et dans sa pensée il lui destina dès lors un rôle glorieux en la prochaine croisade.

De Mareuil à La Rochebeaucourt, la route été éclairée de mille feux de joie allumés sur les hauteurs et à l’entrée du bourg les échevins et les chanoines reçurent Pierre Thomas et le conduisirent sous le dais jusqu’en la cour du château.
Là, toute la garnison attendait sous les armes et les gens de maison tous en livrée de deuil tenaient des flambeaux d’une cire odorante.

Au pied du grand escalier, Aurore d’Argentine s’inclina pour demander la bénédiction du légat, celui-ci la bénit ainsi que le jeune Pierre que lui présenta sa fidèle nourrice. Le lendemain avant l’heure indiquée, la vaste nef de l’église ne pouvait contenir les flots pressés des fidèles et quand Pierre Thomas, nouveau St Bernard parut en chaire, tous les esprits se crurent transportés à cette célèbre réunion de Chartres ou l’abbé de Clairvaux fit décider la seconde croisade.

Les paroles du légat, paroles pleines de feu et d’enthousiasme produirent une favorable impression sur le nombreux auditoire et il en espéra un heureux succès. C’était aussi pour favoriser ce succès que François de Galard avait voulu convoquer en ce même jour toute la noblesse des environs. Nul n’avait manqué à cette invitation et vers le soir un banquet de six cents couverts réunit en la salle d’armes les chanoines, les échevins de La Rochebeaucourt, les prêtres du voisinage, les vicomtes de Nadaillac et de Bonneuil, les chevaliers des Martres et de Seguignas, le Baron de Feuillade et son fils ainé Arthur et une foule d’autres gentilshommes de haut et de moindre parage mais tous de noble lignée et portant tous l’épée et le heaume. Etaient aussi présents les principaux bourgeois de la localité.

Cependant Aurore d’Argentine avait dans la matinée obtenu du légat quelques instants d’un entretien secret et elle lui avait révélé son coeur et ses désirs. Pierre Thomas avait écouté avec un compatissant intérêt le récit de ses premières espérances qu’avaient confirmé les derniers voeux d’une mère mourante !.. Aussi lorsqu’après le repas qui fut servi au son d’une musique guerrière il recommença à parler de la croisade, il s’adressa directement au jeune Baronnet, il lui demanda si le premier de tous, il ne voulait point prendre la Croix ; Arthur avant de répondre regarda son vieux père placé à gauche du légat, puis Aurore d’Argentine et lorsqu’il eut saisi en leurs yeux un tacite encouragement, il répondit avec fierté.

Monseigneur je suis prêt.

Soyez béni jeune chevalier de la Croix reprit le légat et moi je vous prédis qu’un jour rapportant au noble baron notre hôte illustre la bannière de Tyr et d’Ascalon, vous mériterez de devenir son fils.

Ces derniers mots firent rougir de joie et d’espérance Aurore d’Argentine et Arthur de Feuillade. Mais le Baron se contenta de lever les yeux vers la large bannière qui flottait au dessus de sa tête. Cette Bannière était celle des Galard et portait cette emblématique devise.

« Nulla via invia ».

Pierre Thomas le premier de tous avait compris ce regard et ce silence, aussi reprit-il.

Noble baron souffrez que le courage et la valeur d’Arthur inscrivent sur cette bannière les armes et les devises de Tyr le lion du désert et ces mots.

Laté regnary pour arriver à un tel but nulla via invia.

Tous applaudirent le vieux Baronnet prenant la coupe d’argent qui était placée devant lui et que remplissait un vin généreux s’écria j’accepte l’augure, buvons à l’heureux départ et au retour plus heureux encore du jeune Arthur ……..
Alors les coupes se vidèrent se remplirent de nouveau, et de nouveau s’épuisèrent en signe d’allégresse. Le légat avait compté sur l’exemple d’Arthur pour entraîner les jeunes gentilshommes de son âge, plusieurs en effet s’inscrivirent, mais peu persévérèrent car le découragement pour ces expéditions lointaines était général et le roi de Chypre lui-même qui venait de diverses cours d’Europe n’y avait recueilli que beaucoup d’éloges et quelque argent mais aucun prince ne s’était offert à partager avec lui les dangers et la gloire de l’entreprise. Il ne faut donc point blâmer trop sévèrement la noblesse du Périgord, malgré les promesses d’un enthousiasme passager elle ne put se décider à quitter le manoir, d’ailleurs tous n’avaient pas les puissants motifs qui poussaient Arthur.

Le lendemain comme Pierre Thomas allait partir, Aurore d’Argentine lui demanda une dernière bénédiction. Il la lui donna en présence du Baron et promit de revenir dans trois ans consacrer l’union des jeunes époux.

En ce moment François de Galard le pria d’accepter un souvenir du séjour dont il avait voulu honorer son château.

C’était un épistoles ou livre d’offices qui avait appartenu à un saint prélat Galatoire ou Galard de Béarn évêque de Lycar et mis à mort par les Visigoths en 512 en haine de la foi. Galard de Béarn avait paru avec éclat au célèbre concile d’Agde et sa fête est marquée au 29 Juillet.

Le légat reçut ce don avec une vive reconnaissance et répondit qu’il le conserverait avec d’autant plus de soin qu’il lui
rappellerait et la noble hospitalité du baron et l’héroïque dévouement d’un saint martyr.

De son côté dès qu’il fut arrivé à Marseille, il envoya au baron deux sphinx en granit rose Assouan de la haute Egypte. Ces deux sphinx étaient originairement placés près de la fameuse statue de Memnom. Mais ils avaient été cédés au Doge par le soudan d’Egypte lors du dernier traité conclu avec la république de Venise. Pierre Thomas ayant rétabli la paix entre Gênes et Venise le doge au nom de l’état lui fit présent de ces deux monolithes, il les destinait au couvent des carmes de Lectoure et les avait fait déposer à Marseille. Il fut heureux de les offrir à François de Galard.

Cependant, le jeune Arthur poussait avec activité ses préparatifs de départ, la piété, la gloire, la religion et son coeur le
stimulaient. Il eut bientôt enrolé cent hommes qui jurèrent de vaincre ou de mourir avec lui. Le mardi 16 juillet, fête de Notre Dame du Mont Carmel, la troupe se réunit dans l’Eglise de La Rochebeaucourt et après la messe à laquelle tous firent la communion, le prévôt du chapitre récita sur les pèlerins les prières de l’église. S’adressant ensuite à chacun des croisés, il lui attachait la croix sur la poitrine et lui disait « reçois le signe afin que ton voyage soit heureux et ton retour plus heureux encore »

L’auditoire répondait Amen…..

Le Lendemain au premier rayon du soleil, Arthur déploya la bannière blanche qu’Aurore avait brodée et suivi de ses hommes d’armes se mit en marche.

Du haut de la citadelle, Aurore le suivit longtemps du regard. Ce voyage fut heureux et la vaillante troupe arriva à Marseille, trouva un navire qui l’attendait et le conduisit à l’ile de Rhodes. Elle y rejoignit Pierre de Lusignan chef de la croisade et le légat Pierre Thomas.

Celui-ci revit avec joie le vaillant Arthur, ne manqua pas de s’informer du Baron et de la noble demoiselle Aurore d’Argentine.

Cependant toute l’armée des croisés ne formait qu’un corps de disponibles hommes de pied et de 1400 chevaux ; et encore cette troupe déjà si faible présentait dans la diversité des nations qui la composaient, des éléments de désordre et d’indiscipline. On ne laissa pas néanmoins de mettre à la voile, le dernier jour de septembre 1365 et le légat du dessus de la galère royale bénit la flotte, la mer et les troupes.

En quatre jours on arriva en face d’Alexandrie et malgré la multitude des infidèles qui couvraient le rivage, Pierre de Lusignan commanda la descente.

Le premier vaisseau qui aborda fut celui que montait Arthur de Feuillade et le premier, il s’élança sur cette terre où il était venu chercher le prix de la gloire.

Les Musulmans ne purent soutenir le choc et se retirèrent en désordre dans la place. Les croisés s’y précipitèrent à leur suite et en moins d’une heure se rendirent maîtres d’Alexandrie.

Le roi de Chypre voulait que l’on s’y fortifiât et il en avait déjà nommé le jeune Arthur gouverneur. Mais les soldats qu’il avait levés en Angleterre exigèrent avec menaces, le pillage et l’incendie de la ville. Il fallut céder et quand l’armée eut été rassasiée de butin et de pillage elle demanda à se rembarquer sous prétexte qu’elle était trop faible pour garder et défendre cette conquête.

Le roi et le légat eurent en vain recours aux prières et aux larmes. Rien ne put fléchir l’obstination des soldats. Ce fut alors qu’Arthur n’écoutant qu’un courage tout Français offrit de se renfermer dans la citadelle avec sa petite troupe. Mais Pierre ne voulut pas l’accepter, parce qu’elle vouait à une mort certaine ces braves croisés.

L’ordre du départ fut donné le quatrième jour après la prise d’Alexandrie.

Contraint de renoncer ainsi à une expédition, qui s’ouvrait sous de si brillants auspices, le roi de Chypre vit encore se dissoudre le corps de sa petite armée dès qu’elle fut abordée en l’ile de Chypre.

Cependant il ne désespéra point de réunir pour l’automne de l’année suivante une troupe plus considérable et surtout mieux disciplinée.

Il comptait pour ce succès sur le rôle et l’influence du légat. Mais au moment où celui-ci se disposait à repasser en Europe, il fut pris d’une fièvre violente qui bientôt le conduisit au tombeau.

Cette mort arrivée le 6 janvier anéantissait tous les projets d’une nouvelle croisade et abandonnait Pierre de Lusignan à ses propres ressources.

Quant au jeune Arthur, après avoir recueilli le dernier soupir du légat, il tourna ses pensées vers le castel de Fieux et le château de La Rochebeaucourt.

Il s’embarqua donc sur une galère génoise et revint en France.

Le roi de Chypre auquel il avait confié ses espérances lui remit une lettre pour François de Galard. Ce prince faisait l’éloge de l’intrépide baronnet et annonçait qu’il venait de le nommer premier chambellan de sa cour et marquis de Panagouste.

Il espérait donc que le baron ne dédaignerait pas son alliance et il terminait en le priant de hâter le mariage afin qu’Arthur put se retrouver à la cour de Chypre en les premiers jours d’Octobre.

Muni de cette recommandation royale, Arthur se présenta avec confiance au château où il ne reçut du baron qu’un accueil poli et honnête.

La lettre du roi de Chypre ne produisit sur François de Galard d’autre effet que celui d’une satisfaction personnelle. Il se vanta d’être en relation avec une tête couronnée et un jour le vieux Baronnet de Feuillade se hasarda à sonder le terrain et amener la question du mariage ; Il répondit sèchement. Vous n’avez pas oublié que j’ai promis ma fille au prince de Tyr et d’Ascalon.

Cette ironique réponse disait tout et de ce moment le baronnet et son fils cessèrent de se présenter au château.

Ce dernier savait néanmoins se ménager avec Aurore des entretiens que l’imprudence rendit bientôt trop fréquents….
Le baron en fut averti et il reprit sa fille avec colère et menaces qui faisait le fond de son caractère orgueilleux et il jura qu’il ne pardonnerait pas une seconde fois !…….

Aurore ignorait que son père faisait épier tous ses pas. Il apprit que sa fille était infidèle à ses ordres et dans le transport soudain de sa fureur il envoya le messager sanguinaire dont il nous reste à raconter la trop prompte et exacte exécution ….1367

Suite du manuscrit latin……

Le 5 Avril 1367 vers les neuf heures du soir, écrit-il ; Aurore sortit du château à la faveur d’un déguisement et trouva au pied de la citadelle Arthur de Feuillade qui la conduisit par les sentiers détournés jusqu’à une grotte depuis nommée la grotte maudite, elle était située au bas de la colline sur laquelle est placé le château de Fieux Argentine et proche d’une fontaine que l’on appelle encore aujourd’hui fontaine des larmes.

Ils devisaient ensemble mais soudain cinq hommes masqués et armés qui avaient suivi les pas d’Aurore et qui s’étaient
traitreusement cachés derrière une haie s’élancent sur eux et les saisissent séparément, leur applique sur le visage un masque enduit d’une poise gluante et tenace.

Ils étreignent aussi en des chaînes de fer les vaillantes mains d’Arthur et celles plus délicates de l’infortunée Aurore.
Ainsi garrotés et étouffés les deux victimes se tordent en vin sous le rôle de la mort ; leurs bourreaux n’en ont aucune pitié.

L’agonie dura deux longues heures et quand les cinq hommes furent assurés qu’il ne restait plus que deux cadavres, ils quittèrent ce lieu et l’un d’eux fut envoyé à François de Galard.

Mais au lever du soleil des laboureurs qui se rendaient à leurs travaux trouvèrent les deux cadavres et s’en étant approchés ils les reconnurent…

Soudain un cri d’horreur leur échappa et ce cri répercuté par les échos de la vallée attira bientôt tous les habitants du village de Fieux, chacun comprit le mystère d’iniquité que cette nuit avait vu s’accomplir et il n’y eut qu’une voix pour maudire le Baron.

La nouvelle parvint rapide comme la foudre jusqu’au vieux baronnet qui en l’entendant ne prononça pas un seul mot. Mais il s’affaissa sur son large fauteuil et il expira………….

Au milieu du concours de toute la population l’intentant du château Barnabé Dorval et l’aumônier donnèrent les ordres
nécessaires pour les funérailles.

Trois cercueils furent à la fois présentés à l’église il n’y eut d’autre pompe que la douleur et les larmes.

Mais que devint le père barbare !

Nul ne le sut. « Seulement il disparut du pays et le bruit courut qu’ayant été livré en la puissance de Satan, celui-ci le transporta près du lieu où le crime avait été commis et qu’après l’avoir longtemps balloté entre ses griffes il l’écrasa contre un rocher qui garde encore aujourd’hui une forme humaine ».

Ce rocher est nommé le profil du grand -père et sa vue épouvante de loin tous ceux auxquels il rappelle cette sanglante histoire.

Ainsi se termine le manuscrit que l’on a bien voulu nous confier, c’est un petit volume in quarto de 48 pages écrit en latin et tout entier de la main de l’abbé Martinpland, aumônier de François de Galard.

Le frontispice est dessiné en noir et représente Aurore et Arthur.

Une note qui porte la signature du père Melchior, nous apprend que l’abbé Martinpland, après avoir achevé l’éducation de Pierre de Galard frère d’Aurore se retira dans le monastère de Condom et qu’il mourut à l’âge de 75 ans.

Je dois à la curiosité du lecteur la révélation du sort de François de Galard.

Il était à sa terre de Brassac lorsqu’un courrier vint lui apprendre qu’il avait été obéi.

Dans le premier instant il maudit sa colère et tous ceux qui l’avaient trop fidèlement servie, puis un profond silence succéda à ces violents transports et durant trois jours il ne prit aucune nourriture et n’adressa la parole à personne.

Le quatrième jour vers le soir on vit un pèlerin sortir par une porte dérobée et le lendemain on chercha en vain François de Galard.

Il s’acheminait nu-pieds et le bâton à la main vers St Jacques de Compostelle, en Espagne où il déchargea sa conscience en le sein d’un vertueux prêtre nommé Raphaël Orsano.

Il se rendit ensuite à Rome pour y visiter les sept principales basiliques et comme il priait un jour devant la confession de St Pierre, il se sentit inspiré d’entrer dans un couvent.

Sur le champ il se présenta à celui des Franciscains, où il fut admis comme frère convers, sous le nom d’Augustin et il y reçut deux ans dans les plus humbles et les plus austères pratiques de la religion.

Quand il vit que sa fin approchait il se fit étendre sur la cendre et pria tous les frères de se réunir autour de lui.
Alors d’une voix étouffée par les sanglots et le râle de la mort, il révéla qui il était et confessa le crime qu’il était venu expier sous la bure.

Cet aveu fit frissonner d’horreur tous ceux qui l’entendirent et lorsqu’il eut achevé, le père gardien lui dit avec bonté :

Mon frère ayez confiance en Jésus Christ et qu’il vous pardonne comme sur la croix il pardonna au bon larron.

Amen reprit l’humble pénitent et il expira….

Le récit de cette mort et ces détails se lisent dans le nécrologue qui se conserve à Rome en le monastère d’Ara-Cocli (et j’en dois la connaissance à l’obligeance d’un jeune savant que j’avais prié de faire quelques recherches dans les bibliothèques du couvent)

Un autre monument qui atteste aujourd’hui encore la vérité est l’exactitude de cette lamentable histoire est la chapelle expiatoire qui fut bâtie dans le village même de Fieux par Henri de Galard sur la grotte maudite et qui fut dédiée sous le vocable de St Roch le 16 Août 1376.

Le lendemain on y célébra un service solennel et douze messes fondées à perpétuité renouvelaient, chaque mois avec les prières saintes de l’église, la mémoire et l’expiation du crime, cette fondation n’existe plus.

Mais les anciens du pays en ont conservé un religieux souvenir et puissent ces pages le transmettre d’âge en âge !!!

En face de la chapelle St Roch, le jeune baron fit encore construire un hospice où furent reçus les pauvres et les malades.

Noble et touchante idée, il plaçait en ces lieux remplis de sang et de larmes l’édifice de la miséricorde et de la paix.

Cet édifice subsiste encore du moins en partie, mais il a perdu son hospitalière destination et la chapelle seule conservée au culte divin voit au déclin du jour quelques vieillards venir se prosterner sur le seuil antique et murmurer à voix basse une prière pour Aurore d’Argentine de Galard et Arthur de Feuillade.

Aimables lecteurs, joignez à cette prière une larme pour ces infortunés et daignez faire un accueil bienveillant au livre qui vous a redit leurs malheurs.

Copié le 2 Décembre 1859
Au château de la Rochebeaucourt.
(Salon de la bibliothèque)
Par l’abbé Duchassaing

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